République de CUBA


Quelques repères

- Superficie : 110 860 km2.
- Population : 11,2 millions d'habitants.
- Densité : 101,6 hab/km2.
- Capitale : La Havane (3 millions d'habitants avec la banlieue).
- Villes principales : Santiago de Cuba, Camagüey, Cienfuegos, Santa Clara, Holguín.
- Langue officielle : espagnol.
- Monnaie : la moneda nacional est le peso cubano. Les touristes utilisent quasi exclusivement des pesos convertibles.
- Régime politique : république socialiste (parti communiste unique).
- Chef de l'État : Fidel Castro Ruz.
- Religion : catholique, animiste et santériste (religion afro-cubaine).
- Taux d'alphabétisation : 95,7 %.
- Taux de natalité : 1,6.
- Salaire mensuel moyen : 15 US$.
- Moyenne d'âge de la population : 35 ans.


Climat

Tropical, on s'en doute. Les tropiques comptent seulement deux saisons vraiment distinctes : une sèche (en hiver) et une humide (en été). La première court grosso modo de novembre à mai, la seconde de juin à octobre. La période dite humide se distingue par ses pluies, violentes mais de courte durée, et une température un peu plus élevée, mais pas de beaucoup : 27 °C en moyenne contre 22 à 26 °C en hiver. En gros, il fait chaud toute l'année. Mais le ciel est plus souvent bleu en hiver et la chaleur moins accablante : c'est donc la saison idéale, mais aussi la plus touristique...
La température de l'eau : un régal. En moyenne, 30 °C en été et tout de même 24 °C en hiver !


Décalage horaire

6 heures de décalage avec la France : quand il est midi à Paris, il est 6 h du matin à La Havane. Cuba change d'heure (été-hiver) comme l'Europe.

 

Dieux Cubains

ORISHAS ET LA SANTERIA

 

1 Situation générale
La république de Cuba constitue un pays insulaire des Grandes Antilles, situé au sud des États-Unis (Floride) et à l’est du Mexique, à 77 km à l’est d’Haïti et à 140 km au nord de la Jamaïque
Cuba est entourée au nord par le détroit de Floride, à l’est par l’océan Atlantique, au sud-est par le passage du Vent, au sud par la mer des Caraïbes, à l’ouest par le détroit du Yucatán. Regroupant plusieurs petits archipels autour de l’île principale de Cuba, le pays totalise une superficie de 114 525 km², soit quatre fois plus petit que l'Espagne (504 748 km²); sa capitale est La Havane. Au point de vue administratif, Cuba compte quatorze provinces (en plus de la Ciudad de La Habana): Holguin, Santiago de Cuba, Villa Clara, Granma, Camagüey, Pilar del Rio, La Habana, Matanzas, Guantanamo, Las Tunas, Sancti Spiritus, Ciego de Avilla, Cienfuegos et l'Isla de la Juventud (île de la Jeunesse).
Mentionnons aussi que, dans le sud-est de l'île, dans la baie de Guantánamo, les États-Unis occupent depuis 1903 des terres de situées de chaque côté de ce chenal d'entrée, de même que 3640 hacres des eaux avoisinantes, qui constituent le territoire de la base navale américaine. Celle-ci est dotée de terrains d'aviation et d'installations étendues servant à l'approvisionnement, à la réparation des unités américaines, mais aussi à la formation des nouvelles troupes. C'est la principale base navale des États-Unis dans les Antilles.
C'est au cours de la guerre hispano-américaine (1898) que les États-Unis ont pris et fortifié une grande partie du port de la baie et l'ont utilisé comme mouillage pour leurs bâtiments de guerre. Un accord de 1903 permettait aux États-Unis de maintenir une base navale à Guantánamo. En 1934, l'accord a été remplacé par un traité qui réaffirmait le droit des États-Unis de louer le site de la base à Cuba. Les Américains ont continué d'occuper la base après 1960, et ce, malgré des relations tendues avec Cuba.

 

2 Données démolinguistiques
En 2001, la population cubaine était estimée à 11,2 millions d’habitants. Du point de vue ethnique, environ 37 % des Cubains sont d’origine espagnole, 51 % sont des Métis et 11 % des Noirs, descendants des esclaves amenés dans l’île au XVIIe siècle. On compte aussi des Asiatiques (env. 1 %) qui proviennent de l’immigration chinoise de la seconde moitié du XIXe siècle. Il n’existe quasiment aucun descendant des autochtones (Siboneyes, Guanajuatabeyes et Taïnos) qui habitaient l’île avant sa découverte par Christophe Colomb. Depuis la révolution de Fidel Castro en 1959, plus d'un million de Cubains ont émigré, principalement vers les États-Unis.
L’espagnol est la langue officielle de Cuba. Cette langue est parlée par plus de 90 % des Cubains, ce qui fait de ce pays un territoire relativement homogène sur le plan linguistique. Les autres locuteurs parlent des langues immigrantes, généralement le chinois, le portugais, le créole, etc. Comme dans tous les pays d’Amérique latine, l'espagnol cubain comporte une part de vocabulaire d’origine africaine ou amérindienne.
La population cubaine est inégalement répartie sur le territoire. La ville de La Havane et de Santiago de Cuba forment à elles seules près de 20 % de la population totale. Ensuite, suivent les provinces de Holguín, Granma, Villa Clara et Pinar del Río:

Province Population Capitale
Ciego de Avila 370 000 Ciego de Avila
Cíenfuegos 370 000 Cíenfuegos
Ciudad de La Habana 2 120 000 La Habana
Granma 800 000 Bayamo
Guantánamo 505 000 Guantánamo
Holguín 1 000 000 Holguín
Isla de la Juventud 435 000 Nueva Gerona
La Habana 650 000 La Habana
Las Tunas 500 000 Victoria de las Tunas
Matanzas 615 000 Matanzas
Pinar del Río 700 000 Pinar del Río
Sancti Spíritus 435 000 Sancti Spíritus
Santiago de Cuba 1 000 000 Santiago de Cuba
Villa Clara 815 000 Santa Clara
Les catholiques (env. 60 %) représentent la majorité de la population cubaine, mais seulement la moitié d'entre eux se déclare pratiquante. Même à l’époque coloniale, le pays n’a pas fait l’objet d’une évangélisation profonde et le régime de Fidel Castro, s’il n’a jamais rompu ses relations avec le Vatican, n’a pas davantage contribué à répandre la foi catholique. Il existe également de petites communautés protestantes et juives.
Comme dans toutes les Caraïbes, les cultes introduits par les esclaves africains et imprégnés de religion catholique, à l’image de la religion santería, sont toujours vivaces; il existe encore une «langue secrète» (le lucumi), une langue originaire de la famille nigéro-congolaise qu'on appelle parfois à Cuba le yorouba. La religion yorouba, plus connue à Cuba sous le nom de Santería est basée sur un panthéon de dieux africains qui furent créés à l'image des hommes. Ce sont des rituels liturgiques accompagnés de chants, de musique et de danses. Le lucumi n'est pas une langue maternelle, mais uniquement une langue rituelle, un peu comme le latin d'Église chez les catholiques autrefois. Ce genre de phénomène s'est également déroulé en Haïti avec le vaudou et au Brésil avec le candomblé.

 

3 Données historiques
L'île de Cuba fut découverte par Christophe Colomb, le 28 octobre 1492. Le pays était alors habitée par environ 100 000 Amérindiens: des Guanajuatabeyes, Siboneyes, Taïnos, Arawaks et Caraïbes réputés pour être des anthropophages. L’île fut baptisée d’après son nom amérindien: Cubanascan. Juan de la Cosa fit des relevés cartographiques et Sebastián de Ocampo fut le premier Européen à en faire le tour complet, en 1508.


3.1 La colonisation espagnole
La colonisation de Cuba commença en 1511, avec l'expédition de Diego Velázquez de Cuellar, nommé gouverneur de l’île et fondateur de Baracoa, de Santiago de Cuba (1514) et de La Havane (1519). Le travail de recherche et d'exploitation des métaux précieux, comme l'or et le cuivre, débuta dès les premières années de la conquête espagnole. En moins de cinq ans, épuisée par le travail de forçats ou systématiquement massacrée, la population indigène diminua dramatiquement et se réduisit à quelques centaines d’individus. Les colons espagnols durent faire appel aux esclaves noirs. Puis, les réserves d’or furent rapidement épuisées. C'est alors que l’Administration locale fut chargée de promouvoir de nouvelles activités économiques telles que le tabac, les plantes tinctoriales. La canne à sucre connut un essor considérable grâce à l’importation de nombreux esclaves africains; la plupart vinrent de la partie sud et sud-ouest de l'actuel Nigeria, ainsi que d'une partie du Bénin. Contrairement à d'autres pays des Antilles, le créole ne s'est pas développé à Cuba, seul l'espagnol s'étant implanté durablement. Le pays devint commercialement très actif.
Entre 1574 et 1578, furent fondés à La Havane les premiers centres d'enseignement sous la responsabilité des franciscains et des dominicains. Mais ces centres n'étaient ouvert qu'à une certaine élite espagnole. Le 5 janvier de de 1728, la Très Illustre Réelle Université pontificale de San Jerónimo (Muy Ilustre Real y Pontificia Universidad de San Jerónimo) fut fondée par la bulle du pape Innocent XII.
Après la guerre de Sept Ans, au cours de laquelle les Britanniques occupèrent provisoirement La Havane (1762-1763), le gouvernement espagnol encouragea plus encore l’expansion commerciale et le développement agricole, en particulier grâce à l’ouverture du port sur l’extérieur. La population connut alors une forte augmentation de Noirs, et les produits cubains connurent, à partir de 1791, un formidable succès sur les marchés européens, après que la révolte haïtienne eut ruiné les plantations françaises de Saint-Domingue.


3.2 L’émergence du nationalisme

Dès le début du XIXe siècle, les différends entre les Espagnols et les Métis s’exacerbèrent. Les autorités locales durent, en plus, faire face aux aspirations à l’indépendance de tous les peuples de l’Amérique espagnole. Dès 1795, un Noir libre du nom de Nicolás Morales dirigea un mouvement afin d'obtenir l'égalité raciale et l'abolition des mesures gouvernementales qui défavorisaient les pauvres. À partir de 1830, le gouvernement espagnol se fit de plus en plus répressif, ce qui suscita un vaste mouvement indépendantiste parmi les colons blancs. En 1841, le gouvernement espagnol adopta la première Loi scolaire de l'île et, à partir de 1850, les autorités entreprirent une réforme et une extension de l'enseignement. L'École normale commença à fonctionner en 1857.


Carlos Manuel de Céspedes

En 1868, dans la sucrerie de La Demajagua, Carlos Manuel de Céspedes (1819-1874), un riche propriétaire cubain, annonça la libération de ses esclaves et appela ses compatriotes à se soulever contre les forces espagnoles. Il est considéré aujourd'hui comme le «père de la nation»; il est également l'auteur de la première Constitution cubaine.
Puis, ce fut le début d'un long conflit — la guerre de Dix Ans — qui se termina avec le pacte du Zanjón (10 février 1878), lequel apporta d'importantes concessions aux insurgés. L’île de Cuba fut dotée d’une certaine autonomie, l’esclavage fut aboli en 1880 et l’égalité des droits entre les Blancs et les Noirs fut proclamée en 1893.
Les conséquences du pacte atteignirent le domaine politique, avec la constitution des premiers partis politiques (fondation du Parti révolutionnaire cubain en 1892), ainsi que le secteur économique, puisque les entreprises américaines augmentèrent leurs investissements dans la région. Mais les réformes mises en place se révélèrent décevantes, car l'Espagne finit par supprimer toutes les libertés obtenues, ce qui favorisa l'émergence de mouvements indépendantistes.


José Martí

Le 24 février 1895, la lutte reprit, soutenue cette fois par les États-Unis. L'armée des manzanilleros réussit à vaincre les forces espagnoles de 200 000 hommes. José Martí (1853-1895), le héros des luttes indépendantistes, trouva la mort à Dos Ríos, le 19 mai 1895. Fondateur du Parti révolutionnaire cubain aux États-Unis, il avait écrit: «Je risque tous les jours ma vie pour mon pays; l'indépendance de Cuba doit empêcher que les États-Unis s'étendent jusqu'aux Antilles; telle est ma mission; tout ce que j'ai fait et ferai va dans ce sens.» Après sa mort, il fut surnommé l'«apôtre de la nation».
Les États-Unis, qui contrôlaient déjà le marché du sucre cubain, intervinrent aux côtés des insurgés en avril 1898, précipitant la guerre hispano-américaine, provoquée par la perte du «Maine», un navire de guerre américain que l’Espagne fut accusée d’avoir torpillé. Le traité de Paris du 10 décembre 1898 mit fin au conflit; l’Espagne renonça à sa souveraineté sur l’île et un gouvernement militaire fut mis en place par les Américains.

À l'aube du XXe siècle, la situation de l'éducation primaire, secondaire et pré-universitaire demeurait encore précaire; en général, la majorité des Cubains était encore exclue de l'accès à l'éducation et à la culture.


3.3 L’indépendance
La république de Cuba fut formellement instituée le 20 mai 1902. La Constitution fut modifiée par le sénateur américain Hitchcock Pratt; selon ce qu'on a appelé l’amendement Platt, les États-Unis étaient autorisés à intervenir dans les affaires du pays et pouvaient installer deux bases navales à Cuba (Guantánamo et Bahia Honda), en contrepartie de privilèges douaniers. Ainsi, selon un accord passé avec Cuba en 1903, les États-Unis ont obtenu le droit de maintenir une base navale dans la baie de Guantánamo qu'ils continuent d'occuper malgré des relations tendues avec Cuba. Utilisant leur droit d'intervention militaire, les États-Unis envoyèrent en 1906 et en 1912 des troupes sur l’île pour lutter contre des insurrections. Le 7 avril 1917, Cuba entra en guerre aux côtés des Alliés. L’augmentation des difficultés économiques marqua les lendemains de la Première Guerre mondiale. Les élections contestées de 1921 aboutirent à la dictature de Gerardo Machado y Morales (1925-1933).
Des luttes politiques intenses eurent lieu, qui favorisèrent les idées révolutionnaires. Julio Antonio Mella, leader universitaire, fonda le Parti communiste de Cuba. Pour calmer les mécontentements qui se faisaient entendre et à la demande du président cubain Ramón Grau San Martín, Franklin Roosevelt abrogea, en 1933, l’amendement Platt, mais obtint que la base de Guantánamo soit conservée pour une «durée illimitée». En janvier 1934, le général Fulgencio Batista y Zaldívar (1901-1973), appuyé par les États-Unis, renversa le libéral Ramón Grau San Martín, arrivé au pouvoir en 1933, qui avait pris une série de mesures importantes (p. ex., le vote des femmes, la journée de travail de huit heures, la nationalisation de l’électricité, etc.).
Batista fut lui-même porté à la tête du pays lors des élections de 1940. En décembre 1941, le gouvernement cubain déclara la guerre à l’Allemagne, au Japon et à l’Italie, et devint membre de l’Organisation des Nations unies en 1945. L’élection présidentielle de 1944 vit la victoire de Ramón Grau San Martín, candidat d’une large coalition de partis. Durant ce temps, Batista s'exila aux États-Unis où il fomenta un coup d'État en 1952 et imposa une dictature militaire, marquée par une corruption généralisée de l'élite dirigeante. La mainmise des capitaux étrangers sur l’économie du pays s’accentua: les Américains contrôlaient 90 % des mines de nickel et des exploitations agricoles, 80 % des services publics, 50 % des chemins de fer et, avec le Royaume-Uni, toute l’industrie pétrolière. En 1953, Batista écrasa une tentative de soulèvement dirigée par Fidel Castro, un jeune avocat, qui fut jeté en prison. Libéré, Castro décida de s'exiler au Mexique. Dans les écoles, seulement 56,4 % des enfants pouvaient accéder à l'école primaire et 28 % des enfants et des jeunes entre 13 et 19 ans pouvaient poursuivre leurs études dans les centres d'enseignement secondaires. Quant à l'éducation supérieure, il restait d'accès très limité.


3.4 La révolution castriste
En 1956, Fidel Castro et ses partisans, dont l'Argentin Ernesto «Che» Guevara (un médecin), rentrèrent de leur exil mexicain et débarquèrent sur une plage du sud de Cuba. Les troupes gouvernementales massacrèrent la plupart des rebelles au cours du débarquement, mais Castro et une douzaine d'hommes parvinrent à s'échapper et se réfugièrent dans les montagnes à l'est de Cuba, d'où ils poursuivirent leur guérilla afin de déposer le dictateur Batista. Le 1er janvier 1959, ce dernier dut fuir vers Santo Domingo (en apportant avec lui quelque 40 millions de dollars du trésor public) et Castro, avec ses «barbudos», prit la tête du nouveau gouvernement cubain, avec le soutien d’une grande partie de la population.

Un gouvernement provisoire fut choisi, avec à sa tête Fidel Castro, un homme qui se voulait au-dessus des partis. Rapidement, une réforme agraire, qui confisquait des terres aux Américains, fut lancée; puis les raffineries de sucre et de pétrole furent nationalisées. La politique de grands travaux mise en œuvre eut pour effet de résorber le chômage, ainsi que des programmes destinés à améliorer l’éducation et la santé publique. En avril 1960, le premier bateau soviétique chargé de pétrole arriva dans la baie de La Havane.
En octobre 1960, le gouvernement américain imposa à l’île un embargo commercial. La rupture totale des relations diplomatiques se produisit en janvier 1961 et, le 17 avril, un commando d’exilés anticastristes soutenus et entraînés par les États-Unis débarqua dans la baie des Cochons, au sud de l’île. L’échec de cette tentative d’invasion accéléra l’orientation socialiste du régime. Castro proclama aussitôt le caractère marxiste-léniniste de la révolution cubaine; tous les moyens de production furent progressivement nationalisés et les fermes d'État contrôlèrent la majorité des terres.
C'est le 14 octobre 1962 qu'éclata la «crise des Missiles». Les États-Unis avaient découvert à Cuba des rampes de lancement de missiles fournies par l’Union soviétique. Le président américain John F. Kennedy annonça alors un blocus naval de l’île. Après plusieurs jours de négociations, pendant lesquels une guerre nucléaire semblait imminente, le dirigeant soviétique Nikita Khrouchtchev accepta de retirer ses missiles. En 1965, les gouvernements cubain et américain signèrent un accord permettant aux Cubains d’émigrer aux États-Unis. Plus de 260 000 personnes quittèrent l’île avant la fin officielle du pont aérien en 1973.


3.5 L'isolement de Cuba
Ces événements expliquent en partie l'isolement de Cuba en Amérique. Le pays fut exclu de l’Organisation des États américains (OEA) en 1962, et accusé d’essayer de fomenter des rébellions au Venezuela, au Guatemala et en Bolivie. En 1967, Che Guevara fut arrêté et exécuté sans procès alors qu’il dirigeait un groupe de guérilleros en Bolivie, ce qui sanctionnait l'échec des mouvements armées. À partir de ce moment, Cuba adopta complètement le modèle communiste et resta largement dépendante de l’aide économique de l’Union soviétique et des pays du bloc de l’Est. Le pays devint également membre du Conseil d’assistance économique mutuelle (CAEM). Le premier congrès du Parti communiste cubain eut lieu en 1975, et une nouvelle Constitution fut adoptée. L’Assemblée siégea pour la première fois en décembre 1976 et nomma Fidel Castro à la tête de l’État et du gouvernement avec des pouvoirs accrus.
Cuba sortit de son isolement diplomatique en juillet 1975, lorsque l’OEA leva ses sanctions. C’est aussi à partir de 1975 que les forces de combat cubaines s’engagèrent activement sur le continent africain, luttant en Angola et en Éthiopie (jusqu’en 1989); près d'un demi-million de Cubains partirent faire la guerre en Angola à la suite d'un accord entre Cuba et l'Angola. En 1980, les activités cubaines s’étendirent au Yémen du Sud, alors que le gouvernement américain accusait Cuba d’aider les rebelles du Salvador et le gouvernement sandiniste du Nicaragua. Pendant ce temps, l’économie cubaine continuait de recevoir trois millions de dollars quotidiens d’aide soviétique.
En 1989, l’Union soviétique et Cuba signèrent un traité d’amitié de vingt-cinq ans, mais l’effondrement du bloc de l’Est raviva la contestation intérieure. Les forces militaires soviétiques se retirèrent peu à peu et l’aide économique disparut, ce qui précipita l'île dans une crise économique aiguë. Le mécontentement général et l’aggravation de la pauvreté amenèrent le gouvernement cubain à engager des réformes économiques: en juillet 1993, la possession de dollars, autrefois considérée comme un délit passible d’emprisonnement, fut légalisée et, en octobre 1994, les marchés libres paysans furent de nouveau autorisés; le décret-loi no 140 du Conseil d'État autorisa la libre circulation du dollar américain sur tout le territoire national. Cependant, le régime continua de bafouer les droits de l’homme et le nombre d’incarcérations arbitraires et de prisonniers politiques demeura important.
Afin de freiner l'exode des balseros, ces dizaines de milliers de Cubains cherchant à gagner les États-Unis sur des embarcations de fortune, deux accords furent signés avec le voisin américain, en septembre 1994 et en mai 1995. La ratification de la loi Helms-Burton, en mars 1996, durcit la position américaine à l’encontre du gouvernement cubain. Quelques mois après (décembre 1996), le Parlement cubain adoptait la loi 80 qui déclarait l'illégalité de la loi Helms-Burton et le droit du peuple cubain de choisir son propre destin: «Est illicite toute forme de collaboration, directe ou indirecte, qui favorise l'application de la loi Helms-Burton» (art. 8). Sur la scène internationale, Castro fut reçu par plusieurs représentants officiels (à l’Unesco, à Rome où il rencontra le pape Jean-Paul II).
Dans le domaine économique, Cuba s’ouvrit lentement aux initiatives privées et favorisa l’essor des investissements étrangers. L'Union européenne accorda 19,5 millions de dollars pour financer des programmes de santé publique. Mais le brusque ralentissement de la croissance contribua à la détérioration de la situation économique, déjà difficile en raison de l’endettement, des mauvaises récoltes de canne à sucre. Les inégalités entre les Cubains ayant accès aux devises étrangères, notamment le dollar, et ceux ne survivant qu’avec des salaires payés en pesos ne cessèrent de se creuser.
En janvier 1998, la visite du pape Jean-Paul II à Cuba permit au régime castriste de rompre un peu son isolement. La condamnation papale de l’embargo américain contraignit ainsi les États-Unis à assouplir quelque peu leur politique de fermeté à l’égard de La Havane. La reprise des vols directs entre les deux pays, le rétablissement de l’autorisation, pour les Américains d’origine cubaine, d’envoyer de l’argent à leur famille restée à Cuba, et l’accélération des formalités administratives nécessaires à l’envoi de médicaments furent ainsi décidés par le président américain Bill Clinton qui ne remit pas en cause la loi Helms-Burton, que seul le Congrès pouvait annuler. Cependant, la notion d’extraterritorialité contenue dans cette loi, qui permet aux Américains de prendre des mesures de rétorsion contre toute entreprise étrangère commerçant avec Cuba ou investissant dans l’île, fut un sujet de discorde entre les États-Unis, d’une part, et l’Union européenne, le Japon et le Canada, d’autre part. En juillet 1998, cependant, après de longues négociations, le président américain s’engagea à suspendre pendant une durée déterminée la loi Helms-Burton et, en janvier 1999, il annonça des mesures d’assouplissement de l’embargo, sans pour autant renoncer à sa stratégie d’isolement. Dans le même temps, Cuba normalisa ses relations avec l’Espagne, le Canada, le Guatemala et avec la République Dominicaine, ce qui constitua un nouveau pas vers la réintégration de Cuba dans l’espace caraïbe. À l’issue d’une tournée triomphale de Castro durant l’été 1998, Cuba fut admise comme observateur au sein du groupe ACP (Afrique, Caraïbe, Pacifique).
En 1999, un durcissement du régime s’exerça à l’égard de toute contestation sociale, politique et civile. En mars 1999, les dissidents «du groupe des quatre», accusés de sédition pour avoir réclamé la démocratisation de l’île, furent condamnés à de lourdes peines de prison. Le 20 mai 2002, la déclaration d’indépendance du Timor oriental a été accueillie avec une grande satisfaction par la communauté internationale; Cuba a salué l’événement et a établi des relations diplomatiques avec le premier État du nouveau millénaire. Après plus de quarante ans de régime autoritaire, Fidel Castro, le Líder maximo, continue de régner sans partage. La fin du castrisme n'est pas pour demain!


 

4 La politique linguistique
Le gouvernement cubain n'a pas élaboré de véritable politique linguistique. Dans un pays où l'espagnol est la langue maternelle de plus de 90 % de la population, il n'était probablement pas nécessaire de prévoir une telle politique. De plus, le pays ne compte aucune minorité nationale.
La Constitution de 1992 ne contient qu'une seule disposition à caractère linguistique. On lit à l'article 2 que «la langue officielle est l'espagnol»:
Article 2
Le nom de l'État cubain est la république de Cuba, la langue officielle est l'espagnol et sa capitale est la ville de La Havane.
Le président Fidel Castro a annoncé en juin 2002 de modifier la Constitution de 1992. La société civile cubaine aurait demandé au Parlement «de ratifier que les relations économiques, diplomatiques et politiques avec n'importe quel autre État ne pourront jamais être négociées sous l'agression, la menace ou les pressions d'une puissance étrangère». Le 11 juin 2002, l'Assemblée extraordinaire des directions nationales des organisations de masse («Asamblea Extraordinaria de las direcciones nacionales de las organizaciones de masas») a fait la demande suivante:
DEMANDE

À l’Assemblée nationale du Pouvoir populaire, organe suprême du pouvoir de l’État, laquelle représente et exprime la volonté souveraine du peuple tout entier:

PREMIÈREMENT:
De ratifier l’identification de notre peuple avec l’ensemble et chacun des principes sous-tendant la Constitution de la République, en particulier les fondements politiques, sociaux et économiques de la République tels que consacrés au chapitre I et, notamment l’article 1 rédigé comme suit: « La République de Cuba est un État socialiste de travailleurs, indépendant et souverain, organisé avec tous et pour le bien de tous, en tant que République unitaire et démocratique, pour la jouissance de la liberté politique, de la justice sociale, du bien-être individuel et collectif et la solidarité humaine.»

DEUXIÈMEMENT:
D’établir expressément la volonté du peuple pour qui le régime économique, politique et social consacré dans la Constitution de la République est intouchable.

TROISIÈMEMENT:
De ratifier que les relations économiques, diplomatiques et politiques avec tout autre État ne pourront jamais faire l’objet de négociations sous l’emprise de l’agression, de la menace ou des pressions d’une puissance étrangère.

QUATRIÈMEMENT:
De faire en sorte que les aspects susmentionnés, une fois approuvés selon les procédures légales pertinentes, soient expressément inclus dans la Constitution de la République en tant que partie intégrante de celle-ci et que soient dérogées toutes autres dispositions antérieures qui s’y opposeraient ou les contrediraient.

Fait à Cuba le 10 juin 2002, «An des Héros prisonniers de l’empire».
En somme, rien qui touche la langue espagnole! En matière linguistique, il n'existe aucune loi proprement linguistique — du moins pas dans la Gaceta Oficial de la República de Cuba —, et seules quelques rares lois concernent, de façon très occasionnelle et ponctuelle dans un article, la langue espagnole. Bref, on peut affirmer que le gouvernement cubain n'a d'autre politique linguistique que celle de la non-intervention.


4.1 La langue du gouvernement
En vertu de l'article 2 de la Constitution, l'espagnol est la langue officielle de Cuba et, par conséquent, celle du gouvernement. Cela signifie que les débats au Parlement, de même que la rédaction et la proclamation des lois, est en espagnol.
Les cours de justice ne fonctionnent qu'en espagnol, mais le juge peut demander l'aide d'un interprète pour les ressortissants d'un autre pays. Tous les services gouvernementaux ne sont offerts que dans la langue officielle. Toutefois, dans les zones touristiques, l'emploi de l'anglais ou de toute autre est autorisé.
Du côté des médias (tous contrôlés par le gouvernement), même si les récepteurs de radio ne fonctionnent pas sur l'ensemble de l'île avec la même qualité, toutes les ondes diffusent le même journal d'informations officielles en espagnol; il en est ainsi de la télévision. De 21 h à 22 h 30, la Novela, le feuilleton télévisé quotidien, attire des millions de Cubains après les informations du jour. Les Cubains ne peuvent pas capter les télévisions étrangères et ils doivent se contenter de deux chaînes diffusant les programmes officiels. Les chaînes du monde (en anglais, portugais, espagnol, français, etc.) ne sont accessibles que dans les hôtels équipés d'antennes satellites. La presse écrite, contrôlée également par le gouvernement, se porte assez bien avec des journaux comme Rebelde, Tribuna de La Habana, Granma, etc., tous rédigés en langue espagnole. Quant à Internet, son accès est interdit et contrôlé par le ministère de l'Intérieur; seuls certains fonctionnaires et journalistes du gouvernement ont le droit et la possibilité d'utiliser ce genre de service.


4.2 L'éducation
L'éducation est régie par l'article 39 de la Constitution, la loi no 1306 de 1976, la loi no 1307 de 1976, le décret-loi no 67 de 1983 et le décret-loi no 47 de 1994. Or, aucun de ces documents ne mentionne la langue espagnole. Il faut croire que l'apprentissage de l'espagnol ne constitue pas un problème à Cuba. L'article 39 présente les principes socialistes de l'éducation cubaine, la langue y est exclue:
Article 39
L'État oriente, favorise et assure la promotion de l'éducation, la culture et les sciences dans toutes ses manifestations. Dans sa politique éducative et culturelle, il se conforme aux postulats suivants :
a) Il fonde sa politique éducationnelle et culturelle sur les progrès de la science et de la technologie, l'idéologie marxiste et de José Martí, la tradition pédagogique progressiste cubaine et universelle;
b) L'enseignement relève de la fonction de l'État et est gratuit. Il est basé sur les conclusions et les apports de la science et sur la relation la plus étroite avec l'étude de la vie, le travail et la production. L'État maintient un vaste système de bourses pour les étudiants et fournit de multiples facilités d'études aux travailleurs afin qu'ils puissent atteindre ceux par plus hauts niveaux possibles dans les connaissances et les habilités. La loi a besoin de l'intégration et de la structure du système national d'enseignement, ainsi que de la portée du caractère obligatoire des études et définit la préparation générale de base que doit acquérir au moins tout citoyen;
c) Il faut promouvoir l'éducation patriotique et la formation communiste des nouvelles générations et la préparation les enfants, des jeunes et des adultes pour la vie sociale. Pour appliquer ces principes, l'éducation générale et l'éducation spécialisée à caractère scientifique, technique ou artistique est combinée au travail, la recherche pour l'élaboration, l'éducation physique, le sport et la participation aux activités politiques, sociales et au service militaire;
ch) La création artistique est libre pourvu que son contenu ne soit pas contraire à la Révolution. Les formes d'expression dans l'art sont libres;
d) Afin d'augmenter la culture du peuple, l'État s'occupe de favoriser et de développer l'éducation artistique, ainsi que les qualifications pour la création et la culture de l'art, et la capacité pour l'apprécier;
e) L'activité créatrice et la recherche dans les sciences est libre. L'État stimule et rend viable la recherche et donne la priorité à celle visant à résoudre les problèmes concernant l'intérêt de la société et le bénéfice du peuple;
f) L'État fait en sorte que les travailleurs s'incorporent au travail scientifique et au développement de la science;
g) L'État oriente, favorise et promeut la culture physique et le sport dans toutes ses manifestations comme moyen d'éducation et de contribution à la formation intégrale des citoyens;
Il s'agit d'un véritable manifeste de la pensée socialiste. Pour une population de 11 millions d'habitants, plus de 2,8 millions d'étudiants sont actuellement aux études générales ou spécialisées, dans 11 762 écoles et collèges. L'analphabétisme est pratiquement inexistant. Environ 95 % des enfants sont inscrits à l’école primaire, 89 % des jeunes vont à l’école secondaire et 17,2 % font des études post-secondaires. Dans l'enseignement des langues étrangères, derrière l'anglais, le français demeure la langue la plus enseignée de l'île. Le gouvernement expérimente présentement un projet-pilote d'enseignement du français au primaire.
L’étalage de la part du gouvernement cubain concernant les progrès de l’éducation demeure un thème de débat presque quotidien dans le pays, mais cela ne reflète pas toute la réalité. La crise économique et l'effondrement de l’Union soviétique ont gravement touché l’éducation. Les enseignants restent mal payés et les ressources pédagogiques font souvent défaut. Dans les écoles rurales, l’enseignement est généralement accompagné de travail agricole non rémunéré.
Dans l'éducation supérieure, on compte 47 universités, 23 400 professeurs et plus de 300 000 étudiants universitaires, mais l'accès à l'université n'est pas libre. En effet, les études universitaires dépendent des besoins identifiés par l’État. Les aspirations personnelles n'entrent pas en considération, car ce sont les objectifs communistes qui prévalent, et les individus qui n’adhèrent pas l’idéologie révolutionnaire ou qui ne sont pas des militants actifs du Parti communiste peuvent se voir refuser l’accès à l’université. De plus, les diplômés, de quelque discipline qu'ils soient, doivent demeurer à la disposition des fonctionnaires chargés de leur trouver du travail. Tout diplômé est dans l'obligation d'être à la disposition de l'État pendant deux ans pour du «service social» obligatoire dans des régions éloignées, sans tenir compte de la province d'origine du diplômé. De plus, Cuba fait face à un problème d'inégalité entre les sexes, car le nombre et la performance des filles dépassent largement ceux des garçons. Selon les statistiques officielles, les femmes représentaient en 1996 quelque 60 % de l'effectif total des étudiants. Par exemple, la proportion des femmes est de 71 % des étudiants inscrits dans les sciences médicales.


4.3 La vie économique
Comme on peut s'y attendre dans un État aussi autoritaire que Cuba, la vie économique se déroule entièrement en espagnol, sauf pour les grands hôtels destinés au tourisme international, où l'anglais, le portugais, le français et l'allemand sont relativement employés. L'affichage public est exclusivement en espagnol, sauf bien entendu dans les hôtels internationaux. Il existe un article de loi dans le décret-loi no 162 d'avril 1996, intitulé Ley des Aduanas (Loi sur les douanes), qui précise que les «manifestes», c'est-à-dire la listes des marchandises constituant la cargaison d'un navire à destination des douanes, doivent être rédigés en espagnol ou en anglais:
Article 97
1) Les manifestes originaux seront présentés en langue espagnole ou en langue anglaise.
2) Les manifestes traduits seront présentés en langue espagnole.
Cet article constitue l'uns des rares mentions sur la langue espagnol dans les textes juridiques de Cuba. C'est dire que les questions linguistiques ne préoccupent guère les dirigeants cubains.

La politique linguistique de Cuba en est une de non-intervention. Cuba reste l'un des pays les plus homogènes du monde sur le plan linguistique. Toute politique linguistique semble inutile dans ce pays insulaire et au surplus isolé au plan international. En réalité, les dirigeants politiques cubains semblent davantage préoccupés par l'idéologie marxiste et révolutionnaire que par la langue. Ces derniers ont toujours maintenu fermement leur option socialiste, même après que l'URSS et le bloc socialiste de l'Europe de l'Est aient été démantelés par les «traîtres de l'intérieur» et les «impérialistes de l'extérieur». Cuba n'a pas renoncé au socialisme, malgré son isolement, avec son commerce extérieur en débâcle, le tout à quelques dizaines de kilomètres de la «super-puissance impérialiste» la plus puissante du monde, ce qui constitue un objet de fierté pour ces dirigeants qui croient que leur lutte est celle du «peuple cubain contre l'impérialisme»!

   
 

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